La création du Laboratoire des signaux et systèmes accompagne l’installation de l’École supérieure d’électricité (Supélec) sur le plateau du Moulon. D’abord laboratoire propre du CNRS, le L2S devient progressivement une unité commune au CNRS, à l’école et à l’université.
Après la Seconde Guerre mondiale, le développement des recherches expérimentales et de leurs équipements conduit la Faculté des sciences de Paris à chercher de nouveaux espaces. Le domaine de Launay, à Orsay, est acquis en 1954. Les premiers bâtiments de laboratoires y sont construits entre 1954 et 1956, notamment pour la physique nucléaire et la physique des particules. L’enseignement suit : des formations de premier cycle sont transférées à Orsay dès 1958. En 1965, le centre devient une faculté des sciences indépendante de celle de Paris.
La réorganisation universitaire engagée après 1968 donne à cet ensemble un cadre plus large. L’Université Paris-XI, appelée Paris-Sud, est créée par le décret du 17 décembre 1970. Elle réunit les sciences à Orsay, la médecine au Kremlin-Bicêtre, la pharmacie à Châtenay-Malabry, le droit et les sciences économiques à Sceaux, ainsi que les IUT de Cachan, d’Orsay et de Sceaux.
Bernard Picinbono en devient le premier président. Son rôle ne se limite donc pas à la future création du L2S : il participe à l’organisation de la nouvelle université. Dans son témoignage sur cette période, il revient notamment sur la constitution de son administration, la place de la recherche et les relations avec les organismes nationaux, particulièrement importantes à Orsay.
L’extension des établissements scientifiques gagne aussi le plateau du Moulon. En 1969, l’État acquiert la ferme de Moulon et ses terres pour y développer des équipements universitaires. Les trois départements de l’IUT d’Orsay sont regroupés sur le plateau en 1971. L’arrivée de Supélec s’inscrit dans cette extension du campus au-delà de la vallée.
À Supélec, André Blanc-Lapierre souhaite quitter les locaux devenus insuffisants de Malakoff et développer la recherche. Il défend une implantation au Moulon, à proximité des équipes scientifiques d’Orsay. Bernard Picinbono rappelle que ce projet doit composer avec une politique de décentralisation favorable à Rennes. La solution retenue repose sur deux implantations : le campus de Rennes ouvre en 1972, puis celui de Gif-sur-Yvette en 1975.
C’est dans ce cadre que Blanc-Lapierre confie à Picinbono la préparation d’un laboratoire de recherche sur le nouveau site. Avec l’appui du CNRS, le projet réunit des équipes universitaires et des équipes de Supélec : il donne naissance au Laboratoire des signaux et systèmes.
Le projet rassemble des équipes jusque-là dispersées : chercheurs d’Orsay, automaticiens du Laboratoire de génie électrique de Paris et équipes des services de mesures, d’automatique et d’électromagnétisme de Supélec.
Le projet est présenté au CNRS le 22 octobre 1973. Le L2S est créé le 1er avril 1974 comme laboratoire propre du CNRS associé à Supélec, avec Bernard Picinbono pour premier directeur. Son installation dans les nouveaux locaux de Gif-sur-Yvette suit l’ouverture du site en 1975. L’automatique, le traitement du signal et l’électromagnétisme constituent ses premiers domaines de recherche.
La réunion de ces équipes suppose de rapprocher des pratiques différentes. Les services de Supélec travaillent largement sur contrats, tandis que les équipes universitaires et du CNRS disposent d’autres modes de financement et d’organisation. Les collaborations se développent progressivement, notamment par l’enseignement, l’accueil d’élèves en thèse et les travaux menés en commun.
En 1980, l’association du L2S à l’Université Paris-Sud est formalisée. Le laboratoire s’organise en trois divisions : Signaux, Systèmes et Ondes.
En 1988, le L2S devient une unité mixte de recherche (UMR C.0014). En 1998, l’Université Paris-Sud devient sa troisième tutelle, aux côtés du CNRS et de Supélec. Le laboratoire prend le numéro UMR 8506 en 1999.
En 1998 également, la division Ondes et le département d’électromagnétisme de Supélec sont réunis dans le Département de recherche en électromagnétisme.
Les années 2000 voient croître les activités en télécommunications, jusqu’alors conduites au sein de la division Signaux. Les recherches en automatique s’étendent notamment aux systèmes à retards et aux systèmes décrits par des équations aux dérivées partielles. L’effectif du laboratoire et le nombre de doctorants augmentent, tandis que les collaborations s’élargissent à des réseaux de recherche nationaux et européens.
Une division Télécoms et Réseaux est créée en 2010. En 2012, l’équipe-projet DISCO, commune à Inria, au CNRS et à Supélec, rejoint la division Systèmes.
La création de CentraleSupélec s’accompagne d’une réorganisation du L2S. Le laboratoire accueille des personnels de l’équipe E3S de Supélec travaillant dans les sciences et technologies de l’information et de la communication, hors informatique. Le Département de recherche en électromagnétisme rejoint le laboratoire de génie électrique, devenu le GeePs.
Le L2S adopte alors son organisation en trois pôles : Automatique et Systèmes, Signaux et Statistiques, Télécoms et Réseaux. Il relève désormais d’un seul institut du CNRS, l’INS2I, aujourd’hui CNRS Sciences informatiques.
En 2020, l’Université Paris-Saclay succède à l’Université Paris-Sud parmi les tutelles du laboratoire. Les recherches du L2S couvrent aujourd’hui la commande des systèmes, le traitement des signaux et des images, la statistique et l’apprentissage, ainsi que l’information, les communications et les réseaux. Des collaborations entre les pôles se développent autour de l’énergie, de la santé et de l’intelligence artificielle.
Le 5 décembre 2024, le laboratoire célèbre ses cinquante ans, avec des témoignages sur sa création et son évolution, des conférences scientifiques et une discussion sur ses perspectives.
Sources : témoignages de Bernard Picinbono pour les anniversaires de 2014 et 2024 ; documents des quarante et cinquante ans du L2S ; ancienne page Histoire du L2S ; dossier d’autoévaluation HCERES 2024, complétés par les informations institutionnelles de CentraleSupélec et de l’Université Paris-Saclay.
Pour le contexte historique : histoire du campus d’Orsay, CollecSciences ; création de Paris-Sud, Chancellerie des universités ; origines de l’Université Paris-Saclay ; conférence de Bernard Picinbono sur les débuts de Paris-Sud ; chronique du Moulon, Ville de Gif-sur-Yvette ; histoire de l’IUT d’Orsay ; histoire de CentraleSupélec.